Argumentaire de la journée d’études jeunes chercheurs SUSLLF – Naples 2024
Journée d’études Jeunes Chercheurs SUSLLF
Espèces d’espaces.
Représentations linguistiques et littéraires de l’espace dans les discours de la contemporanéité
26-27 septembre 2024
Università degli Studi di Napoli Parthenope
L’espace de notre vie n’est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe, où il se déconnecte et où il se rassemble ? On sent confusément des fissures, des hiatus, des points de friction, on a parfois la vague impression que ça se coince quelque part, ou que ça éclate, ou que ça se cogne. Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent nous passons d’un endroit à l’autre, d’un espace à l’autre sans songer à mesurer, à prendre en charge, à prendre en compte ces laps d’espace. Le problème n’est pas d’inventer l’espace, encore moins de le réinventer […], mais de l’interroger, ou, plus simplement encore, de le lire […]. Georges Perec, « Prière d’insérer », Espèces d’espaces, Paris, Galilée, coll. « L’espace critique », 2000 [1974], 4e de couverture. |
En 1974 Georges Perec déplore la cécité dont l’homme fait preuve à l’égard de l’espace. Au centre de son questionnement il y a une « géographie dont nous avons oublié que nous sommes les auteurs » (Perec 2000 : 105) et dont il cherche à définir de nouvelles coordonnées. En s’inspirant des réflexions perecquiennes contenues dans Espèces d’espaces, cette Journée d’études se veut l’occasion d’analyser les représentations linguistiques et littéraires de l’espace dans les discours de la contemporanéité.
Les concepts d’espace et de lieu ont considérablement évolué au cours des dernières décennies, sous l’influence du tournant spatial (Soja 1989) dans les sciences humaines et sociales. Dans les années 1980, plusieurs concepts théoriques ont été développés, à commencer par l’hétérotopie de Foucault (1984) et les lieux de mémoire de Nora (1984), suivis par l’espace des flux de Castells (1989). Toujours dans les années 1990, les non-lieux d’Augé (1992) et le troisième espace de Bhabha (1994) ont ouvert de nouvelles perspectives. Alors que les années 2000 ont vu la définition du concept de postmétropole (Soja 2000) et la naissance d’approches interdisciplinaires telles que la géocritique (Westphal 2000), les termes cyberespace, glocal, Covidocène, et, plus récemment, Anthropocène, Capitalocène et Technocène ont remis en cause les frontières entre espace public et espace privé, espace réel et espace virtuel, centre et périphérie ainsi que les relations entre ville et campagne, homme et nature.
La lecture et la représentation de l’espace relèvent donc d’une construction intellectuelle, d’un ressenti émotionnel et d’un choix éthique et politique : alors que le constat de la dégradation des milieux naturels et de l’extinction des espèces animales sous l’effet de l’anthropisation s’impose, le concept d’espace traverse ainsi de multiples redéfinitions. L’urgence de donner un sens esthétique aux espaces dans lesquels nous vivons et de repenser notre engagement social, culturel et politique à leur égard semble de plus en plus pressante.
Si ces enjeux ont déjà fait l’objet d’études approfondies sous l’angle notamment de la philosophie, de l’histoire, de la sociologie politique et de la psychologie, cette Journée propose de porter davantage attention aux dimensions langagières et littéraires de l’espace à l’époque contemporaine. Il s’agira donc d’examiner l’espace dans les discours de la contemporanéité (i.e. discours politique, scientifique, technique, militant, éthique, numérique, littéraire, historique, etc.) et de déterminer comment les individus le construisent et le repensent au moyen de divers outils langagiers et littéraires.
Sans prétendre à l’exhaustivité, les communications pourront porter sur les pistes de recherche suivantes :
(1) L’étude des espaces et de ses frontières (ou marges), d’un point de vue linguistique, littéraire et culturel, comme les formes lexicales, terminologiques et discursives contemporaines d’engagement politique liées aux divers espaces, qu’il s’agisse de racisme environnemental et climatique en périphérie, de l’accès inégal aux espaces, des espèces animales menacées sans habitat, des barrières culturelles, physiques et linguistiques, des interactions homme-nature et du rapport ville-périphérie. Cette dernière notion, à laquelle s’associent les productions linguistiques et littéraires provenant des territoires francophones des divers continents, interroge intérieurement la langue française et pose des enjeux débattus ;
(2) L’espace en tant que lieu de création linguistique dans des contextes réels, virtuels et inventés et son exploitation dans le cadre de la didactique de la langue et de la littérature. Cela comprend l’étude de la formation de nouveaux mots et leur traduction en d’autres langues pour décrire ces espaces émergents, reflétant ainsi l’évolution de notre compréhension et de notre relation avec eux. En outre, l’étude des changements de sens de ce terme, y compris ses différentes manifestations en tant que lieu, territoire, environnement, etc., et l’idée même d’espace interstitiel, d’entre-deux, de non-lieu, de tiers-lieu, etc. méritent une analyse approfondie dans le cadre de cette Journée. De plus, cela ouvre à des projections spéculatives qui découlent de ces créations linguistiques, nous permettant d’anticiper et d’explorer ces nouveaux mondes d’une manière littéraire et culturelle, tout en remettant en question les limites entre le réel et l’imaginaire ;
(3) L’analyse des éléments textuels, linguistiques (néologie lexicale et terminologique, discours et énonciation, stylistique, rhétorique, argumentation, etc.) et traductologiques qui révèlent l’espace des locuteurs, même lorsqu’ils adoptent une position neutre, technique et factuelle. Nous explorerons également les concepts d’espace privé, d’espace public et d’espace social, ainsi que leur impact sur la communication. À cela s’ajoute que l’idée d’espace en tant que lieu de mémoire, construction, transmission et temporalité contribue, à travers le langage, la traduction et la retraduction, à la compréhension de notre relation à l’histoire et à la société et de son évolution au fil du temps.
Le diner social aura lieu le 26 septembre à 20:00. La participation est facultative et sous réservation.
L’assemblée générale de la SUSLLF se tiendra le 27 septembre à 15:00.
Pour informations et modalités d’inscription: susllfnapoli24@gmail.com
Comité d’organisation
Società Universitaria per gli Studi di Lingua e Letteratura Francese (SUSLLF)
Francesca Dainese (Università degli Studi di Padova)
Francesca Lorandini (Università degli Studi di Modena e Reggio Emilia)
Adelaide Pagano (Università degli Studi di Napoli Federico II)
Giuseppe Sofo (Università Ca’ Foscari Venezia)
Silvia Domenica Zollo (Università degli Studi di Napoli Parthenope)
Comité scientifique
Francesca Dainese (Università degli Studi di Padova)
Ruggero Druetta (Università di Torino)
Francesca Lorandini (Università degli Studi di Modena e Reggio Emilia)
Adelaide Pagano (Università degli Studi di Napoli Federico II)
Laura Santone (Università Roma Tre)
Giuseppe Sofo (Università Ca’ Foscari Venezia)
Francesco Spandri (Università Roma Tre)
Eleonora Sparvoli (Università Roma Tre)
Fabio Vasarri (Università di Cagliari)
Silvia Domenica Zollo (Università degli Studi di Napoli Parthenope)
Ordine del giorno, link di partecipazione da remoto e modulo per la delega: